Analyse d'un extrait d'Orphée : Retrouvailles et Séparation

Publié le par Molilow

          Orphée de Jean Cocteau - Première partie    
   


         

          Orphée de Jean Cocteau - Deuxième partie

  
          L’extrait tiré d’Orphée relate le retour d’Eurydice après la mort, puis sa seconde perte. Il débute en nous informant de la sentence de la défunte jeune femme : Elle peut revenir sur terre à condition qu’Orphée ne la regarde plus jamais. Dès qu’il entend le jugement, l’impulsif poète soumet une objection directement rejetée par le Tribunal. Heurtebise demande gracieusement aux juges d’accompagner le couple chez eux afin de d’aider Orphée à s’habituer à sa nouvelle vie. Cocteau à remplacé Hadès et Perséphone, Seigneurs des Enfers, par un groupe d’hommes qui forme un Tribunal. Il sert à juger les morts et à choisir si l’un d’eux peut revenir parmi les vivants. La référence mythologique apparait sur la condamnation d’Eurydice, même si Cocteau l’a modifié pour donner davantage d’intérêt à son scénario. Dans l’histoire originelle, Orphée ne peut regarder son épouse uniquement dans le domaine souterrain. En revanche, dans le film, notre héros a obligation de ne plus jeter un regard sur sa femme durant le restant de ses jours. Cette contrainte rajoutée complique d’une façon monumentale la vie de couple d’Orphée et Eurydice.le testament d'orphée

         
          Une fois revenus sur terre, une lettre arrive chez les époux tandis que l’horloge sonne six heures. Orphée est étonné de l’heure puisqu’elle est similaire à celle qui correspond à leur entrée dans le miroir pour le Royaume de la Mort. Cela signifie que tout ce qui se passe derrière le miroir est intemporel. On suppose que les retrouvailles d’Orphée et de la Mort pourraient symboliser le rêve fou du jeune homme. De même, Eurydice ne se rappelle de rien lorsque que Heurtebise lui avait avoué ses sentiments. La mémoire garde uniquement ce dont elle désire se souvenir.


          La lettre qu’Orphée reçoit à six heures est une lettre anonyme écrite à l’envers. Il faut donc la lire à l’aide d’un miroir. Heurtebise dit au poète :
«  -Méfiez-vous des miroirs.

    -Je ne vous le fait pas dire » Répondit Orphée. 

          La phrase d’Heurtebise porte à confusion : Il parle du reflet d’Eurydice alors qu’Orphée parle de la Mort. Ici, on souligne nettement les préférences des deux hommes. Heurtebise possède le rôle du défenseur. Il joue l’Ange gardien qui protège Eurydice de la Mort. A divers moment, il prévient Orphée de l’arrivée de sa femme en lui criant d’être prudent.

          Le miroir symbolise les portes des Enfers de la mythologie. En lisant ce message à travers le miroir, il se confronte au domaine de la Mort. La lettre n’adresse pas à Orphée un message gentil : « Vous êtes un voleur et un assassin, retournez vous dans votre tombe ». Les gens pensent qu’il a tué Cégeste et l’accusent d’avoir volé les Haïkus énoncés par la radio de la Mort. La deuxième partie de la phrase est comme une espèce de malédiction. Les auteurs de cette lettre ne veulent pas qu’Orphée soit tranquille, même dans la mort qui est le symbole de l’éternité.

          Dès le début, Orphée ne supporte pas cette nouvelle vie et cette nouvelle relation entre son épouse et lui : « On se représente mal la difficulté, l’attention d’esprit qui exige une bêtise pareille ». Il la rend presque responsable de cette situation inconfortable. Il lui lance des sous-entendus désagréables pour qu’elle comprenne qu’il ne pourra pas tenir éternellement comme cela : « Je ne compte pas vivre le nez dans un mur je vous en préviens ! ».

Il la fait culpabiliser et lui montre très clairement que son quotidien va devenir un véritable enfer :


« - Il est impossible de faire chambre commune. Je coucherai ici, sur le divan.

  • C’est toi qui mets les choses au pire ! » déclare Eurydice.

  • « Oh laisse- moi parler […]

  • Prenez garde ! » le prévint Heurtebise

  • C’est sa faute, elle ferait se retourner un mort 

  • J’aurai du rester morte

  • Oh qu’elle se taise ! Je suis dans un état de nervosité incroyable, je suis capable de n’importe quoi.

  • Orphée, vous faites pleurer votre femme. […] Orphée, Orphée où allez-vous ?

  • Dans ma chambre »

          Ce dialogue est représentatif de la situation entre les trois personnages.

Derechef après cette conversation explosive qui mène à la sortie d’Orphée, Eurydice et Heurtebise se retrouvent en tête à tête. Elle pense qu’il la hait et Heurtebise la rassure en lui disant : « S’il vous haïssait, il n’aurait pas été vous chercher à la mort. » Cependant, la jeune femme n’est pas bête et elle sait pertinemment qu’Orphée est descendu dans les Enfers pour revoir, en premier lieu, la Mort. Avec un ton désespéré, elle annonce ce fait à Heurtebise « Vous le savez Heurtebise, vous savez aussi où il va … Dans SA voiture ». En effet, Orphée se rend bien dans la voiture de la Mort pour essayer de déchiffrer les signaux qui sortent de la radio. Le «  SA » possède une grande importance car il nous amène à penser qu’Eurydice pouvait également parler du véhicule de son époux. Cette histoire est à l’opposé du véritable mythe de la descente aux Enfers d’Orphée. Chez Cocteau, il se rend dans le royaume des défunts pour y retrouver la Mort et non Eurydice. Celle-ci ne fut qu’un prétexte pour pouvoir traverser le miroir.
 orphée

          Après la révélation douloureuse d’Eurydice, on entend la voix de Jean Cocteau en voix-off qui explique qu’elle ne retrouve plus son Orphée : «Elle veut le délivrer d’elle et de cette vie » car elle voit qu’elle est la source de son malheur. Une solution pour remédier à cela s’offre à elle comme l’unique possibilité. Elle échafaude des stratagèmes pour que son mari la regarde. En premier, elle se rend où son mari dort au beau milieu de la nuit pour lui apporter un livre. Quand elle s’approche de lui elle l’entend dire dans son sommeil : «  Aimez-vous cet homme ? Je vous demande si vous aimez cet homme ? ». Il rêve de la soirée où les juges avaient demandé à la Mort s’il elle était amoureuse de lui. Orphée arrive pense à elle même dans ses songes les plus profonds. Il est déçu quand il s’aperçoit que c’est Eurydice qui est à son chevet. Elle le ressent bien et l’informe avec précision que c’est bien elle et non une autre qui est là. Orphée sent le coup-monté de sa femme et lui dit d’aller se recoucher.


          La seconde tentative d’Eurydice est beaucoup plus simple que la première. Elle a compris qu’il faut piéger Orphée sur son propre terrain, c'est-à-dire la voiture de la Mort où il passe le plus clair de son temps. Heurtebise ara-jean-cocteau-orpheus-dvd-review-pdvd 007rive près d’Orphée qui est au volant du véhicule et l’interpelle en lui disant : « Vous arrivez comme le Messi ». En effet, il est le seul lien entre le poète et le monde des morts et par conséquent, la Mort elle même. Il est également le seul à pouvoir traduire les signaux de la radio. Heurtebise joue encore la carte de la sagesse et de la prudence en prévenant Orphée de l’arrivée de sa femme. Celui-ci lui offre en guise de réponse un «  Encore » mal aimable. Eurydice monte dans le véhicule ce qui signifie qu’elle est dans la voiture de la Mort. En effet, Orphée regarde dans le rétroviseur et son épouse est perdue. On remarque qu’un thème récurrent de ce film apparait encore ici : le miroir. C’est en regardant une glace qu’Eurydice perd la vie.


          Enfin, lors du dialogue entre Heurtebise et Eurydice, il dit à la jeune femme quelquechose d'intéressant : « On le citera en exemple » en parlant de la descente d’Orphée aux Enfers pour secourir Eurydice. Heurtebise glisse cette phrase toute simple et d’apparence anodine qui se révèle être capitale pour l’histoire du mythe. L’acte d’Orphée est un geste extrêmement brave et téméraire. Mais c’est surtout un geste passionné rempli d’amour. L’histoire de ce jeune poète est une référence littéraire de l’amour parfait, comme on l’imagine. Orphée reste un modèle héroïque et passionné et son histoire amoureuse demeure toujours universelle.

 

Publié dans Cinéma

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