Orfeu Negro (1959)

Publié le par Molilow

         
           L’Orfeo negro ou l’Orfeu est l’adaptation filmique de la pièce de Vinicius de Moraes, Orfeo da conceiçã, inspirée elle-même du mythe d’Orphée. C’est une oeuvre de Marcel Camus réalisée en 1959. Dans ce film musical Eurydice pense échapper à la Mort en se rendant chez sa cousine à Rio de Janeiro. Elle y rencontre Orphée, un conducteur de tramway considéré comme un Dieu dans son village parce que son chant fait lever le soleil. Cet Orphée est déjà fiancé à une jolie jeune femme nommée Mira. C' est un séducteur affranchi et Mira une demoiselle tout aussi séductrice dotée d’un caractère de feu et d’une jalousie extrême. Euridyce, quant à elle est à l' opposé de Mira : c’est une jeune fille prude et innocente. Orphée va la courtiser sous les yeux méfiants de sa fiancée. Charmée par la musique sublime du charmant jeunOrphéee homme, Eurydice se laisse guider par ses émotions. Les amants vont entamer une relation grâce à l’aide de Séraphine, la cousine d’Eurydice et de deux petits garçons. Ce sont des admirateurs d’Orphée, prêts à faire diversion et à proposer leur aide lorsque l’occasion se présentera.
 

           Le Carnaval se prépare et une humeur festive émane du petit village. Tous les habitants dansent et chantent gaiement. Malgré le bonheur de cette nouvelle situation, Eurydice aperçoit la Mort et s’enfuit en courant une nouvelle fois. Orphée suit Eurydice et la défend face à son ennemie qui semble désirer fortement la jeune fille. La Mort n’a pas l’avantage et décide de s'enfuir. Les deux amants sont réunis et passent leur première nuit ensemble.

 

          Le grand jour du carnaval arrive et Séraphine ne veut pas aller danser pour rester avec son fiancé marin. Eurydice prend alors le costume de sa cousine pour ne pas être reconnue par Mira. Elle va pouvoir se faire passer pour Séraphine et danser avec son amant tant que sa rivale n’aura pas remarqué le déguisement.

           Le Carnaval se déroule à merveille jusqu’au moment où La Mort fait son apparition devant Eurydice. Au même moment, Mira aperçoit la véritable Séraphine dans le public et devine la supercherie. Prise d’une fureur meurtrière, elle poursuit Eurydice avec une arme blanche. Mira n’est plus un danger pour Eurydice dès le moment où la Mort l’intercepte et l’empêche de continuer. Après une course poursuite épuisante, elle se cache en s’accrochant aux fils électriques hors tension pour échapper à son bourreau. Orphée arrive rapidement et cherche sa bien-aimée. Eurydice l'appelle au secours, il met le local sous tension pour éclairer les lieux et retrouver son amante... Malheureusement, Eurydice accrochée aux câbles, meurt électrocutée. Elle appartient dorénavant à la Mort et Orphée se fait assommer en tentant de se mesurer à elle.

 

          Au réveil, ne voulant pas croire à la mort de son Eurydice, Orphée part à sa recherche. Il la cherche à l’hôpital et se retrouve dans le quartier de la police. Un vieil homme qui se trouvait dans le couloir du bureau des Disparus, l’emmène dans un lieu où l'on célèbre une fête religieuse. Pour entrer dans cet endroit lugubre, il faut franchir de grandes portes gardées par un chien menaçant. Eurydice transparait à travers les traits d'une vieille femme. Elle parle à Orphée, mais le jeune homme ne doit pas se retourner et ne doit pas voir d’où vient la voix, sinon il perdra à jamais la femme qu’il aime. Pris de folie et malgré les avertissements d’Eurydice, il se retourne vers la vieille femme qui laisse les dernières paroles de la jeune défunte sortir de sa bouche. Eurydice est perdue à jamais. Orphée obtient le droit de récupérer le corps et le ramène au village. Mira, toujours prise de démence, lui lance une pierre qui le fait basculer dans le vide avec le corps d’Eurydice. Après la chute, Ils se retrouvent tous deux allongés, l’un sur l’autre dans un palmier. Orphée et Eurydice sont maintenant réunis à jamais.

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           Pendant le Carnaval, l’ambiance du film est très gaie, chantante, dansante… Nous pouvons déjà remarquer ici une ressemblance avec l’opéra de Monteverdi dont l’ambiance est très légère et heureuse jusqu’à la mort d’Eurydice. Dans le film, même après le décès, le Carnaval continu de battre son plein. 

         

          Nous remarquons aussi des références à certains personnages mythologiques comme Hermès, qui est ici comme un guide pour Orphée et Eurydice. Le poète envoie la jeune femme perdue le voir pour qu’elle retrouve sa cousine : « Il va la retrouver, il retrouve toujours tout ». Il tient le même rôle que dans la mythologie, celui de messager et de guide : "Tu lui dis la bonne aventure Hermès ? ".Eurydice rencontre Hermès dans le lieu où elle se fera électrocuter. Il l’invite à revenir, il se présente comme le gardien des lieux. Elle promet qu’elle reviendra. En effet, elle y reviendra pour mourir. Le spectateur peut interpréter cela comme une prémonition : c’est le premier lieu où on se rend compte de l'importance d'Eurydice. C’est là qu'elle parle à Orphée pour la première fois, mais c’est aussi l’endroit où elle perdra la vie.  


          Après la mort d'Eurydice, Orphée refuse la perte de sa bien-aimée. Il cherche désespérément dans tous les endroits possibles et imaginables. En premier, il se rend à l'hôpital puis au bureau des disparus. Suite à la rencontre du vieil homme, Orphée est rempli d'espoir de retrouver son Eurydice. Le chemin que les deux hommes empruntent pourrait-être celui qui mène aux Enfers. Le plan de la scène nous montre Orphée et son guide en train de descendre un grand escalier dont on ne voit pas le bout, tournant dans la pénombre.

Arrivés à l'entrée du lieu, le vieil homme fait taire un chien du nom de Cerbère. Camus fait ici référence au Gardien des Enfers. En effet, l'immense chien à trois têtes de la mythologie possède le même nom que le celui du film de Camus. La seule différence entre ces deux animaux est que le chien mythique est considéré comme un monstre. En entrant dans le lieu sacré, Orphée assiste à un rituel permettant de communiquer avec l'au-delà. Il se joint à eux jusqu'au moment où la Voix d'Eurydice surgit d'un endroit inconnu. En réalité, Eurydice parle à travers le corps d'une vieille dame. Elle lui dit de ne pas se retourner au risque de la perdre à tout jamais. Une fois de plus, la passion, la curiosité et la peur obligent Orphée à désobéir ce qui le mène à la perte définitive d'Eurydice. Orphée se sent profondément trahi car Eurydice n'était pas vraiment présente, seulement à travers une vieille femme. Il ressort de la cérémonie complètement déboussolé et s'écroule sur le chemin.

 

          La scène suivante nous montre toute une démonstration du sentiment de vide où l'on perçoit la vive douleur d'un Orphée déchiré par la perte d'Eurydice. Puis, vient le moment de l'acceptation de la mort. Grâce à Hermès, Orphée dédramatise et remercie Eurydice du bonheur qu'elle lui a apporté. Dans l'opéra de Monteverdi, Apollon tient le même rôle qu'Hermès. C'est celui qui remet Orphée sur le chemin de la raison et du bonheur. Sur la route du village, en ramenant le corps de la morgue, Orphée parle à Eurydice, inanimée dans ses bras:


« Tout est si beau, Eurydice.

Mon coeur est comme l'oiseau comblé...

Par une goutte de rosée.

Merci Eurydice. Merci pour ce nouveau jour.

C'est toi qui me portes, Eurydice.

Je suis entre tes bras, comme un enfant endormi,

au souffle doux de ta poitrine.

Je sais que tu me portes là où il faut.

Merci Eurydice.

Le chemin que tu m'as choisi est semé de fleurs.

Le soleil va se lever pour nous acceillir, mon aimée.

Tu chantes Eurydice ? »

Publié dans Cinéma

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