XIXème siècle : Orphée aux Enfers.

Publié le par Molilow


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          Orphée aux Enfers est une oeuvre écrite et composée parJacques Offenbach, compositeur d'origine allemande, venu à Paris pour y faire ses études. Il décide d'y rester, débute une carrière dans la musique et devient le directeur des Bouffes-Parisiens. Inspiré par l'opéra de Gluck, il se lance en 1858 dans la création d'Orphée aux Enfers qu'il met en scène à la façon d'un opéra-bouffe* en quatres tableaux et deux actes.


          Après la première représentation au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 21 octobre 1858, la pièce connait un succès tiède. Le compositeur reçoit une multitude de critiques négatives à l'égard de son opéra-bouffon ce qui l'oblige à modifier son oeuvre. Progressivement,  l'opéra plaît de plus en plus au public et Offenbach devient célèbre. Orphée aux Enfers subit beaucoup de remaniements mais le plus important s'opère en 1872 lorqu' Offenbach décide de transformer son opéra-bouffe en opéra-féérie. Il y ajoute deux actes, huit tableaux et trois ballets. Il passe  ainsi de quatorze rôles à quarante-deux. Cette incroyable création voit le jour le 7 février 1874 au Théâtre de la Gaîté.

          Les deux versions de Orphée aux Enfers n
e sont pas très différentes puisqu'Offenbach a gardé la première version de son spectacle en y ajoutant "quelques numéros mémorables comme l'Ouverture, le Duo Concerto ou celui de la Mouche" (Rémy Campos, Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.3). Le public avait déjà commencé dès 1858 à repérer chez Offenbach une certaine attirance pour l'opéra féerie qui utilise de nombreux costumes fantaisistes.  "Transformations merveilleuses, ballets, luxe de la mise en scène" (Rémy Campos,Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.3), constituent les caractéristiques nouvelles qu'Offenbach utilise pour son opéra. Les accessoires féeriques font passer au second plan les dialogues. La musique peut ne pas sembler assez travaillée à  première vue.  Cependant Offenbach et ses librétistes ont su créer un équilibre parfait entre une musique d'une grande simplicité et une maîtrise parfaite des morceaux joués.
 
          Au travers de son oeuvre, qu'il s'agisse de l'opéra-bouffe ou de l'opéra-féerie, Offenbach relate le fameux mythe d'Orphée. Cependant, il le détourne en inversant toutes les valeurs de celui-ci. Orphée et Eurydice sont mariés sans être amoureux l'un de l'autre. Orphée joue merveilleusement bien du violon et délaisse sa femme Eurydice pour aller courtiser les Nymphes. Quant à Eurydice, elle déteste la musique de son époux et est éprise d'un berger du nom d'Aristée. Offenbach a tout de même conservé certains traits du mythe originel, comme la mort d'Eurydice qui se se fait mordre par un serpent.
L'Opinion Publique tient une grande place dans l'opéra d'Offenbach car elle joue le rôle du sage  qui remet Orphée dans le droit chemin lorqu'il n'accomplit pas son devoir. En effet, après la mort de sa femme, Orphée heureux d'être libéré, savoure pleinement sa nouvelle vie de célibataire. C'est l'Opinion Publique qui le rappelle à l'ordre pour qu'il se rende aux Enfers sauver son épouse.

          Les rôles les plus nombreux de cet opéra-féerie sont ceux des Dieux. Offenbach a choisi de mettre en scène les Dieux de l'Olympe connus de tous. En effet, Jupiter, Junon ou Pluton sont présents ainsi que des divinités moins célèbres comme Eole , Dieu du vent ou Pomone nymphe et divinité des fruits.

          Cet opéra-bouffe est une véritable nouveauté pour les spectateurs de 1858.  Nous sommes au Second Empire sous le règne de Napoléon III et la mythologie greco-romaine est encore sacrée.  Orphée aux Enfers ne respecte absolument pas la trame du véritable mythe d'Orphée. Le but est de créer une parodie qui amusera le public. Il refuse de créer un spectacle classique, dans lequel les spectateurs sont habitués à la tragédie ou au héros romantique, amoureux et prêt à tout pour sauver sa bien-aimée.

          Offenbach se moque de la "Grande Musique" et de la Mythologie. Il prend le contre-pied de la tradition  et se rit du mythe d'Orphée originel ainsi que des Dieux. Il se veut provocateur. Ces figures  divines si illustres, si respectées  et si intouchables habituellement prennent une couleur comique. Offenbach veut que les gens rient des choses dont ils n'auraient pas osé se moquer autrefois.

          De plus, à travers la satire qu'il fait de l'Olympe, Offenbach nous dresse un tableau ironique de tous les points négatifs de la société. Il se moque du Pouvoir et des hommes politiques, tel que Napoléon III. Au début de l'acte II, les Dieux sont représentés en train de ronfler parmi les nuages. Offenbach dénonce ici l'inaction du Pouvoir. En 1858, il parle du Second Empire mais lors de sa modification sur scène en 1874 il parle également du régime Républicain. Certains même diront qu' Offenbach identifie ses personnages à des personnes réelles. Par exemple, Napoléon III serait assimilé à Jupiter et Pluton. Jupiter est le maître absolu et il se transforme en mouche dans l'acte III pour danser un ballet. Le goût pour le déguisement de Napoléon III est connu à l'époque et Pluton se déguise en Berger pour séduire Eurydice. De même, Offenbach s'amuse à ajouter des personnages comme John Styx, le roi défunt de Boétie. La fin elle-même est provocatrice et peu commune dans la mesure où Eurydice devient bacchante et se présente ainsi sous un jour peu valorisé socialement.

           Orphée aux Enfers est un véritable scandale à sa sortie en 1858. Certaines personnes conservatrices sont outrées de la manière dont Offenbach se joue du mythe. Pour elles, cet opéra est une offense aux Dieux et à la " Grande Musique". Mais, ces critiques n'empêcheront pas Orphée aux Enfers de devenir un opéra très célèbre et apprécié finalement de presque tous. Il le deviendra tout au long des époques suivantes et  l'est encore de nos jours. C'est d'ailleurs grâce à celui-ci qu' Offenbach connaitra son apogée.
           Aujourd'hui, les avis sont encore mitigés et Orphée aux Enfers subit encore des critiques. Cependant, comme disait le Monsieur de L'Orchestre: " Orphée aux Enfers, a fait son tour du monde ; [...] on l'a traduit dans toutes les langues, on l'a transposé dans tous les tons. Les gouvernements sont tombés, les trônes se sont écroulés et le règne d'Orphée dure toujours." (JC Yon, Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.87)


*Au XVIIIème siècle l'appellation « opéra bouffon » est employée pour différencier une catégorie particulière d'opéras comqiues. Ce n'est qu'au IXIème siècle que le terme d'opéra bouffe apparaît, sous la plume d'Offenbach qui désigne ainsi certaines de ses œuvres lorsqu'il prend en1855 la direction desBouffes-Parisiens. (Wikipédia)

Publié dans Opéra

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