Samedi 23 janvier 2010 6 23 /01 /Jan /2010 12:56

          Le mythe d’Orphée est souvent connu comme une histoire passionnelle et tragique entre un jeune homme et une jeune femme nommés Orphée et Eurydice. Il est également connu grâce à la fameuse descente d’Orphée aux Enfers. Cette histoire nous vient de la Grèce antique, transmise oralementle-testament-d-orphee t par les aèdes (poètes grecs). Racontée au coin du feu durant des centaines d’années, le mythe d’Orphée s’est vu transformé au fil du temps suivant les désirs et les divagations des conteurs. L’oralité de ces mythes ne nous permet pas de fournir une trace écrite. De ce fait, nous ne possédons pas la toute première version d’Orphée. En revanche, au Ier siècle avant Jésus Christ, Virgile et Ovide nous proposent deux interprétations différentes du mythe, respectivement dans Les Georgiques et dans Les Métamorphoses. On retrouvera également des allusions aux exploits d’Orphée chez certains auteurs  plus anciens comme Euripide relatant l’histoire d’Alceste et Admète :
«  Si j’avais la voix et le chant d’Orphée,
Que je puisse enchanter Perséphone ou Hadès
Et t’arracher aux Enfers,
Je descendrais, et le chien de Pluton
Ni le passeur Charon incliné sur sa rame
Ne pourraient m’arrêter. Je te ramènerais vivante à la lumière. » [ Alceste vers 357-362 ].


          Grâce à la culture orale, les auditeurs peuvent choisir la version du mythe qu’ils désirent et ainsi laisser libre cours à leur imagination. Selon les interprétations, Orphée est représenté comme un Demi-Dieu, fils d’Apollon le Dieu des Arts, ou comme un berger virtuose de la Lyre et du chant. Dans tous les cas, il est reconnu comme un jeune poète pouvant charmer à sa guise n’importe quel être humain ou divinité uniquement grâce à sa musique. A la fin du  VIème siècle avant Jésus Christ, le mythe d’Orphée possédait principalement un sens mystique. Orphée se rendait dans le royaume d’Hadès dans le but de comprendre les secrets de la vie et de la mort. A cette époque, l’épouse d’Orphée était anonyme ou s’appelait Argiopé. Elle n’était qu’un prétexte pour justifier la descente aux Enfers de son mari. Cinq siècles plus tard, Virgile impose au public une descente aux Enfers plus sentimentale.
          C’est cette interprétation du mythe qui fut retenue par les modernes et que nous avons décidé de privilégier. Dans sa version, il donne  davantage d’importance à  la jeune femme qu’il baptise Eurydice, une nymphe d’une très grande beauté qui séduit Orphée dès le premier abord. Celui-ci l’envoute à son tour grâce à sa divine musique et ils célébrèrent leur union derechef. Malheureusement, peu de temps après, la jeune mariée, qui fuyait  un berger trop avenant du nom d’Aristée, succombe à une morsure de serpent. Orphée est frappé d’un terrible chagrin qui lui fait entreprendre le projet fou de descendre aux Enfers afin de récupérer sa bien-aimée. Une fois arrivé à destination, les mélodies d’Orphée, plus puissantes que les chants des Sirènes, charment Cerbère, Perséphone et Hadès. Bercés par la musique, les maîtres des lieux acceptent de laisser Eurydice revenir sur terre. Mais l’esprit infernal d’Hadès impose une condition à Orphée : Il a l’interdiction formelle de regarder sa femme avant que celle-ci ait atteint la lumière du jour. Mais la passion domine la raison et le jeune époux, trop pressé de retrouver la femme qu’il aime, se retourne pour vérifier si Hadès a tenu parole. C’est alors qu’Eurydice disparaît et qu’Orphée la perd pour l’éternité.

         
C’est à partir de ce moment là que les versions divergent. Cependant, elles prennent toutes un tournant tragique. Certaines chutes connues restent toujours sous l’influence du conte oral car on ne leur connait pas d’auteur. « Pour les uns, Zeus frappe Orphée de sa foudre pour le punir d’avoir révélé certains secrets de l’au-delà. Pour d’autres, Orphée, désespéré d’avoir perdu une seconde fois Eurydice, se donne la mort. Mais la version dominante raconte qu’il est attaqué et dépecé par les Bacchantes. » (Les mythes Grecs, Ariane Eissen, Edition Belin, p. 103). Quant à Virgile, il privilégie toujours l’importance des sentiments. Depuis la perte d’Eurydice, il ne vit plus que dans la souffrance et dans la mémoire de son épouse défunte. Cet état a pour conséquence le rejet des autres femmes et leur colère. Blessées dans leur estime, elles décident de le couper en morceaux et de le jeter dans un fleuve qui se jette dans la mer. Après cet épisode, Virgile raconte que la tête d’Orphée continuait à appeler Eurydice.
          Une autre version encore raconte qu’après l’élévation d’un tombeau à son effigie sur l’île de Lesbos, la lyre d’Orphée devient une constellation. Quant à son âme, elle continue de chanter aux Champs-Elysées pour les Bienheureux. La chute inventée par Ovide est beaucoup plus cauchemardesque que les précédentes. Après être resté sept jours entiers sans manger ni boire, il clame à la ville de Thrace qu’il n’offrira plus son amour à aucune femme. Il meurt assassiné par les Furies et son âme est emportée par les vents.

          Malgré les différentes interprétations du mythe d’Orphée, il reste connu de tous. Il reste un modèle, au fil des siècles, dans divers milieux artistiques. On le retrouve dans différents domaines comme l’Opéra et le Cinéma. De nos jours, l’extraordinaire épopée d’Orphée n’est pas prête de s’éteindre car elle reste une référence de notre civilisation.

Par Molilow - Publié dans : Mythe
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 17:18

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          Nous pouvons considérer l'Italie comme le foyer de l'Humanisme, et c'est dans cette Italie qu'est né L'Orfeo de Claudio Monteverdi et d'Alessandro Striggio, le premier opéra à succès. Le compositeur et le librettiste entretenaient un rapport épistolaire. L'Orféo est créé sept ans après L'Euridice de Peri, et 9 ans après le premier Opéra de l'Histoire: Dafnée de Corsi et Peri (aujourd'hui perdu). Il est joué pour la première fois le 24 Février 1607 à Mantoue en Italie. Il nous conte une version de l'histoire d'Orphée et de sa malheureuse Eurydice. Cet Opéra est l'une des premières représentations du mythe à travers l'Histoire.  Créé après la Renaissance, cet opéra est un manifeste Humaniste. Il se montre original dans sa musique, aussi poétique soit-elle, et dans sa mise en scène.


« J'ai décidé de faire représenté une fable en musique. »

Francesco Gonzaga



 

           La maison princière de Mantoue a fortement contribué à la création de cet opéra puisque l'idée naît dans l'esprit du jeune prince Francesco Gonzaga (1586-1612). Il est alors à la tête des Invaghiti (penseurs et artistes de Mantoue, majoritairement érudits, donc dans le courant de l'Humanisme c'est à dire à la recherche du savoir absolu). Son jeune frère, Ferdinando Gonzaga (1587-1626) qui se trouve aux côtés du Grand Duc de Toscane lui envoie un castrat (jeune homme ayant été castré avant la puberté afin de conserver la voix aiguë de l'enfant, tout en ayant la puissance vocale de l'adulte) et la fable se jouera pour la première fois chez Le Duc de Mantoue, Vicenzo Gonzaga (1562-1612).

          La première représentation de L'Orféo était destinée à un public uniquement masculin, des hommes tous membres de la tribu des Invaghiti.  Striggio, le librettiste faisait lui aussi partie de cette «tribu». Les rassemblements d'hommes, de penseurs, étaient loués à cette époque, ils cherchaient à concilier l'admiration du peuple antique et l'esprit de l'évangile où Jésus et les Apôtres formaient une sorte d'ensemble. De par ce rassemblement, ils cherchaient à reconsidérer la place de l'Homme dans le monde, L'Orféo naît de ces perspectives. Mais cet opéra n'a pas été commandé dans le seul but de reconsidérer l'Homme dans la création, il a aussi servi d'outil de propagande pour la maison princière : « L'Orfeo a permit de rappeler avec quelle splendeur et quelle intelligence la noble famille Gonzaga a apporté sa contribution à la quête humaniste. »

 

          Nous remarquons grâce aux didascalies du livret de Striggio une opposition entre les espaces intérieurs et extérieurs, ce qui révèle encore une fois l'admiration que pouvaient avoir ces hommes pour l'antiquité. L'opposition des espaces est une tradition du théâtre antique. Aussi, ils utilisaient deux machines pour retrouver la scénographie Grecque: l'Eccycleme (plateau roulant sortant par la porte centrale pour voir de l'extérieur une partie de l'espace intérieur.) souvent utilisée dans cet opéra pour mettre en scène la demeure de Pluton et Proserpine; et la Mecchane, sorte de nacelle accrochée à une grue pour faire évoluer les divinités en l'air.


          De plus, dans la partition, Monteverdi exploite tous les langages musicaux de son époque créant ainsi une sorte de polyphonie traditionnelle. Il utilise aussi la monodonie du Moyen-Âge (ancêtre de la polyphonie elle ne comporte pas d'accompagnement musicaux et est considérée comme le langage de la prière.). Il met en place de nouvelles formes instrumentales et divers modes de chants. Autre innovation, Monteverdi reprend la typologie classique de l'orchestre (orchestre bien étoffé, bien installé...) et y ajoute des variations de coloris pour aider les auditeurs à comprendre les changements de textes. Il utilise des musiciens de la Renaissance, et offre une fin en forme d'apothéose à la réflexion menée par les Humanistes : L'Homme est au centre de la reflexion, en l'occurrence, ici, au centre de l'histoire. Cette fin est formidable pour les Humanistes puisqu'elle offre une proposition pour l'au-delà avec la montée aux Cieux d'Orphée, invité par Apollon dans le Palais de L'Olympe. En quelque sorte, cette fin peut engendrer un élan d'espérance pour les spectateurs; Apollon sauve Orphée du déséspoir en lui proposant de le rejoindre au ciel, d'où il pourra contempler Eurydice à jamais. En plus de l'espoir qu'elle procure, cette scène offre une morale:

« Le dieu reproche à son fils de s’abandonner à la douleur, d’être esclave de ses passions. »


           Monteverdi fait le rapprochement entre l'architecture et la musique, deux arts se ressemblant beaucoup dans leurs principes : comme l'architecture, la musique se veut être structurée. Il choisit d'illustrer par sa musique les principes énoncés dans divers traités d' architecture de la Renaissance : Une architecture symétrique rappelant une fois de plus la période Antique. Une dernière idée humaniste est illustrée par la divinisation du poète héros lors de la montée aux cieux d'Orphée.


C'est pourquoi nous pouvons dire que l'Orféo est une tragédie inspirée de la période antique et une oeuvre religieuse (on retrouve la fonction religieuse des tragédies Grecques).

Certains appellent L'Orféo « La juste prière de Monteverdi. »

           L'Orféo de Monteverdi n'est pas un mythe noir, tout y est clair avec une pointe d'innocence. Il apporte une certaine Lumière, par sa reflexion et par son ambiance. Le livret est simple, et l'ambiance générale au bonheur. Striggio accentue le fait que l'homme doit avoir accès au bonheur, malgré toutes les difficultées qu'il peut rencontrer.
Par Molilow - Publié dans : Opéra
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 22:59

 


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          Orphée et Eurydice, l’opéra du compositeur allemand Gluck sur le thème du mythe d’Orphée constitue une réelle transition entre celui de L'Orféo de Monteverdi et l'Orphée aux enfers d’Offenbach. Créé à Vienne, traduit du livret Italien de Ranieri de Calzabigi en 1762, Orphée et Eurydice est une version qui sera reprise par la suite par Berlioz au XIXe siècle. C'est un renouveau du mythe dans lequel on voit apparaître certains traits du siècle des Lumières.



          Orphée est l’un des personnages les plus complexes de la mythologie grecque. On rencontre diverses versions de son histoire avec Eurydice. Gluck a choisi pour son opéra de ne pas séparer les deux héros en faisant intervenir le personnage de l’Amour. Effectivement, les dieux du ciel et des Enfers sont remplacés par un seul personnage, l'Amour, à la fois allégorie et divinité qui parle au nom de Jupiter. Grâce à cette allégorie, Gluck fait revivre en nous la flamme de l’espoir car l'Amour incarne la force grandissante de l'histoire transformée pas Galzabigi, force qui nous envahie.

          Dans chacune des versions du mythe, le personnage d'Orphée est un jeune homme qui use comme Apollon de ses dons de musicien pour convaincre et charmer. Il tire sa puissance de son art et non de sa force : il joue à la perfection de la lyre. Nicolas Poussin dit de l'opéra Orphée et Eurydice dans l'un des ses cahiers : "Des deux sortes de sons émis par Orphée, lequels ont l'effet magique, les résonances de sa lyre ou le souffle de sa voix ?".


          Orphée est un héros excessif dans sa mélancolie, il se plaint constamment, toujours à la limite du pathétique. L’opéra commence par « un tombeau », les villageois et 'Orphée, tous se lamentent sur la tombe d’Eurydice, morte empoisonnée par une morsure de serpent. L’auditeur est immédiatement plongé dans une ambiance tragique ce qui diffère des versions antérieures, nottament de L'Orféo de Striggio et Monteverdi qui prenait longuement le temps de créer une atmosphère jubilatoire autour des réjouissances du mariage des héros. Au contraire, Galzabigi élimine les premières péripéties .Cela donne une unité de ton pour toute la pièce, un ton grave et douloureux, contant une histoire à la destinée dramatique. L'unité de l'action tragique, telle qu'elle est définie par Aristote, ne consiste pas, en effet, à relier différents épisodes autour d'Orphée, mais à suivre une action évoluante. Ce n'est ni le destin d'Orphé ni celui d'Eurydice qui forme la trame principale, mais la descente d'Orphée aux Enfers suivie de son échec. C’est une véritable tragédie lyrique. L’utilisation récurrente des chœurs a aussi son importance dans la mesure où ils participent à l’action dramatique.


          C’est un ouvrage essentiellement littéraire dans lequel la musique s’introduit rationnellement grâce au théâtre. Cependant le rôle de la musique, simple et naturelle, est très important. Celle-ci investie d’un pouvoir magique seconde la poésie et nous conduit vers un ineffable : « Les esprits philosophes seront peu touchés des éloges que les anciens ont donnés à leur musique : ils savent que l’ignorance de l’excellent est la source de l’admiration du médiocre. » (L'abbé Terrasson). Le rôle du silence est donc capital puisque c’est lui qui mènera à la perte d’Eurydice. L'exploitation du silence imposé à Orphée est décisive dans l’agencement du livret car si Orphée pouvait parler à Eurydice la pièce perdrait tout son sens. L’amour n’aurai alors plus à intervenir.

          Le personnage d'Eurydice est le plus changeant dans cette nouvelle version du mythe. En effet, c'est Eurydice seule qui est coupable de son deuxième d
cès. Le libretiste Galzabigi, n'a pas voulu qu'Orphée doute des dieux, c'était trop tragique, simplement trop ressemblant à ce qui s'était déjà vu au théâtre. Il fallait donc qu'Eurydice fût coupable. Elle se plaint du peu d'empressement que lui marque son époux, et joue une grande scène de dépit amoureux en ne désirant pas revoir la lumière du jour tant qu'Orphée ne la regarde pas.


          La fin est cependant joyeuse, typique de la fin heureuse d'un opéra seria : "La musique adoucit les moeurs" (Cahiers de l'Atelier lyrique de Tourcoing n°15 p 25, Nicolas Poussin). Quand Eurydice est perdue une seconde fois, Orphée désespéré s'apprête à la suivre dans la mort. L'Amour intervient derechef, ému par la fidélité de celui-ci. Une fois Eurydice réssuscitée, les deux époux sont réunis à jamais, au milieu des réjouissances. C’est pour des raisons poétiques que Gluck fait en sorte d'écourter sa version du mythe d’Orphée, qui se résume pour lui à la merveilleuse histoire d’un amour reconstruit à jamais, laissant les spectateurs le cœur en joie. Mais force est de constater qu'une telle histoire n'aurait pas eu tant de succès sans la mélodieuse musique qui l'accompagne et donne à Orphé et Eurydice toute son ampleur.


" La mélodie en imitant les inflexions de la voix exprime les plaintes, les cris de douleur et de joie, les menaces, les gémissements [...] elle n'imita pas seulement, elle parle, et son langage inarticulé mais vif, ardent, passionné à cent fois plus d'energie que la parole même. Voilà d'où naît l'empire du chant sur les coeurs sensibles. "

                              Jean-Jacques Rousseau

Par Molilow - Publié dans : Opéra
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /Jan /2010 14:48

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          Orphée aux Enfers est une oeuvre écrite et composée parJacques Offenbach, compositeur d'origine allemande, venu à Paris pour y faire ses études. Il décide d'y rester, débute une carrière dans la musique et devient le directeur des Bouffes-Parisiens. Inspiré par l'opéra de Gluck, il se lance en 1858 dans la création d'Orphée aux Enfers qu'il met en scène à la façon d'un opéra-bouffe* en quatres tableaux et deux actes.


          Après la première représentation au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 21 octobre 1858, la pièce connait un succès tiède. Le compositeur reçoit une multitude de critiques négatives à l'égard de son opéra-bouffon ce qui l'oblige à modifier son oeuvre. Progressivement,  l'opéra plaît de plus en plus au public et Offenbach devient célèbre. Orphée aux Enfers subit beaucoup de remaniements mais le plus important s'opère en 1872 lorqu' Offenbach décide de transformer son opéra-bouffe en opéra-féérie. Il y ajoute deux actes, huit tableaux et trois ballets. Il passe  ainsi de quatorze rôles à quarante-deux. Cette incroyable création voit le jour le 7 février 1874 au Théâtre de la Gaîté.

          Les deux versions de Orphée aux Enfers n
e sont pas très différentes puisqu'Offenbach a gardé la première version de son spectacle en y ajoutant "quelques numéros mémorables comme l'Ouverture, le Duo Concerto ou celui de la Mouche" (Rémy Campos, Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.3). Le public avait déjà commencé dès 1858 à repérer chez Offenbach une certaine attirance pour l'opéra féerie qui utilise de nombreux costumes fantaisistes.  "Transformations merveilleuses, ballets, luxe de la mise en scène" (Rémy Campos,Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.3), constituent les caractéristiques nouvelles qu'Offenbach utilise pour son opéra. Les accessoires féeriques font passer au second plan les dialogues. La musique peut ne pas sembler assez travaillée à  première vue.  Cependant Offenbach et ses librétistes ont su créer un équilibre parfait entre une musique d'une grande simplicité et une maîtrise parfaite des morceaux joués.
 
          Au travers de son oeuvre, qu'il s'agisse de l'opéra-bouffe ou de l'opéra-féerie, Offenbach relate le fameux mythe d'Orphée. Cependant, il le détourne en inversant toutes les valeurs de celui-ci. Orphée et Eurydice sont mariés sans être amoureux l'un de l'autre. Orphée joue merveilleusement bien du violon et délaisse sa femme Eurydice pour aller courtiser les Nymphes. Quant à Eurydice, elle déteste la musique de son époux et est éprise d'un berger du nom d'Aristée. Offenbach a tout de même conservé certains traits du mythe originel, comme la mort d'Eurydice qui se se fait mordre par un serpent.
L'Opinion Publique tient une grande place dans l'opéra d'Offenbach car elle joue le rôle du sage  qui remet Orphée dans le droit chemin lorqu'il n'accomplit pas son devoir. En effet, après la mort de sa femme, Orphée heureux d'être libéré, savoure pleinement sa nouvelle vie de célibataire. C'est l'Opinion Publique qui le rappelle à l'ordre pour qu'il se rende aux Enfers sauver son épouse.

          Les rôles les plus nombreux de cet opéra-féerie sont ceux des Dieux. Offenbach a choisi de mettre en scène les Dieux de l'Olympe connus de tous. En effet, Jupiter, Junon ou Pluton sont présents ainsi que des divinités moins célèbres comme Eole , Dieu du vent ou Pomone nymphe et divinité des fruits.

          Cet opéra-bouffe est une véritable nouveauté pour les spectateurs de 1858.  Nous sommes au Second Empire sous le règne de Napoléon III et la mythologie greco-romaine est encore sacrée.  Orphée aux Enfers ne respecte absolument pas la trame du véritable mythe d'Orphée. Le but est de créer une parodie qui amusera le public. Il refuse de créer un spectacle classique, dans lequel les spectateurs sont habitués à la tragédie ou au héros romantique, amoureux et prêt à tout pour sauver sa bien-aimée.

          Offenbach se moque de la "Grande Musique" et de la Mythologie. Il prend le contre-pied de la tradition  et se rit du mythe d'Orphée originel ainsi que des Dieux. Il se veut provocateur. Ces figures  divines si illustres, si respectées  et si intouchables habituellement prennent une couleur comique. Offenbach veut que les gens rient des choses dont ils n'auraient pas osé se moquer autrefois.

          De plus, à travers la satire qu'il fait de l'Olympe, Offenbach nous dresse un tableau ironique de tous les points négatifs de la société. Il se moque du Pouvoir et des hommes politiques, tel que Napoléon III. Au début de l'acte II, les Dieux sont représentés en train de ronfler parmi les nuages. Offenbach dénonce ici l'inaction du Pouvoir. En 1858, il parle du Second Empire mais lors de sa modification sur scène en 1874 il parle également du régime Républicain. Certains même diront qu' Offenbach identifie ses personnages à des personnes réelles. Par exemple, Napoléon III serait assimilé à Jupiter et Pluton. Jupiter est le maître absolu et il se transforme en mouche dans l'acte III pour danser un ballet. Le goût pour le déguisement de Napoléon III est connu à l'époque et Pluton se déguise en Berger pour séduire Eurydice. De même, Offenbach s'amuse à ajouter des personnages comme John Styx, le roi défunt de Boétie. La fin elle-même est provocatrice et peu commune dans la mesure où Eurydice devient bacchante et se présente ainsi sous un jour peu valorisé socialement.

           Orphée aux Enfers est un véritable scandale à sa sortie en 1858. Certaines personnes conservatrices sont outrées de la manière dont Offenbach se joue du mythe. Pour elles, cet opéra est une offense aux Dieux et à la " Grande Musique". Mais, ces critiques n'empêcheront pas Orphée aux Enfers de devenir un opéra très célèbre et apprécié finalement de presque tous. Il le deviendra tout au long des époques suivantes et  l'est encore de nos jours. C'est d'ailleurs grâce à celui-ci qu' Offenbach connaitra son apogée.
           Aujourd'hui, les avis sont encore mitigés et Orphée aux Enfers subit encore des critiques. Cependant, comme disait le Monsieur de L'Orchestre: " Orphée aux Enfers, a fait son tour du monde ; [...] on l'a traduit dans toutes les langues, on l'a transposé dans tous les tons. Les gouvernements sont tombés, les trônes se sont écroulés et le règne d'Orphée dure toujours." (JC Yon, Orphée aux enfers, L'Avant-scène OPERA, N°185 p.87)


*Au XVIIIème siècle l'appellation « opéra bouffon » est employée pour différencier une catégorie particulière d'opéras comqiues. Ce n'est qu'au IXIème siècle que le terme d'opéra bouffe apparaît, sous la plume d'Offenbach qui désigne ainsi certaines de ses œuvres lorsqu'il prend en1855 la direction desBouffes-Parisiens. (Wikipédia)
Par Molilow - Publié dans : Opéra
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 18:39

                                             

Tableau comparatif des trois opéras

 

 

L’Orfeo

1607

Claudio Monteverdi

(1567- 1643)

 

Orphée et Eurydice

1762

Christoph Willibald Gluck (1714-1787)

 

Orphée aux Enfers

1858

Jacques Offenbach

(1819- 1880)

Personnages principaux

Orphée, Eurydice et Apollon

Orphée et Eurydice

Orphée, Eurydice, Pluton et Jupiter

Compagnons

Quatre Bergers, Nymphes et une messagère du nom de Ninfa

Le Choeur

L’Opinion Publique

Dieux et divinités

Apollon, Pluton, Proserpine, Caron et les bacchantes

Les Dieux très peu présents.

Jupiter, Pluton, Junon, Neptune, Bacchus, Apollon, Mercure, Mars, Vénus, Diane, Cérès, Vulcain, Minerve, Cupidon, Pomone, Flore, Pan, Eole, Minos, Morphée, Thalie, Cybèle, Hercule, Pandore et Iris

Allégories

La Musique, l’Espérance  et l’Echo

L’Amour

L’Amour et la Fortune

Esprits

Des Démons, des Furies et des Spectres : Cœur des Esprits Infernaux

 

Trois Esprits : les Furies, la Troupe de Démons et les Ombres heureuses

Ombres des champs Elysées

Nuage d’insectes : Cupidon et ses petits policemen

Les Heures – les Génies Infernaux

Autres personnages

 

Bergères, Bergers et Nymphes

John Styx le roi défunt de Boétie, Thémis, Bergers, Bergères, Licteurs, les vieillards, l’huissier, les policemen, les trois juges

 

Résumés

Acte I

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Acte II


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Acte III  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Acte IV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Acte V

  Au début de l’œuvre, Eurydice n’est pas amoureuse d’Orphée. Puis elle change d’avis et ils se marient dans les chants heureux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Une messagère arrive et annonce la mort d’Eurydice. (ascenseur émotionnel : passage brutal d’un évènement joyeux à un évènement triste). Orphée, fou de douleur, décide d’aller la chercher aux Enfers.

 

 

 

 

 

 



Orphée descend aux Enfers, guidé par l’Espérance. Il les traverse grâce à son chant et réussi à attendrir Caron. Il l’endort et pénètre dans le monde souterrain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Proserpine  touchée par Orphée convint son époux Pluton de rendre la vie à Eurydice. Cependant, le maître des Enfers impose ses conditions : Orphée ne doit pas regarder Eurydice jusqu’au moment où ils apercevront  la lumière du jour. Orphée n’arrive pas à se contrôler et se retourne perdant ainsi définitivement sa femme. Il renie alors son père Apollon. Bien qu’il soit triomphant des Enfers, il est vaincu par ses passions.

 

 






Orphée rejoint la terre et devient fou. Le poète s’en prend aux femmes.

Cependant la fin est heureuse et grandiose. Apollon descend sur terre et invite son fils Orphée à monter au ciel et à  contempler Eurydice à jamais.

 

  Eurydice est morte et Orphée pleure sur son tombeau. Révolté, il prend la décision de se rendre aux Enfers encouragé par l’Amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Orphée entre dans les sombres voies des Enfers.Il trouve sa bien aimée, la prend par la main sans la regarder et commence la remontée vers la lumière.

 

 

 

 

 

 

 


Pendant la remontée, Eurydice s’inquiète qu’Orphée ne la regarde pas et lui dit adieu car elle pense qu’il ne l’aime plus. Il se retourne alors et Eurydice meurt une nouvelle fois.

L’Amour réunit les deux amants. La fin est heureuse, tout le monde chante et célèbre la réunion d’Orphée et Eurydice. L’opéra se termine par un ballet.

 

 

  Le début de l’acte I se passe dans la campagne de Thèbes. Orphée surprend Eurydice qui dépose des fleurs dans la cabane du berger Aristée, ce qu’il considère comme une preuve d’amour. Cependant, Orphée courtise une nymphe et n’éprouve nuls sentiments pour son épouse Eurydice. En voulant aller rejoindre son amant, la jeune femme se fait mordre par un serpent et meurt. On se rend compte alors que le berger n’est autre que Pluton, dieu des Enfers.

Orphée se sent heureux et soulagé de la mort de sa femme mais L’Opinion publique l’oblige à faire son devoir et à descendre aux enfers chercher sa femme.

 

 

La première scène  se passe sur L’Olympe : les Dieux se reposent. Junon soupçonne son époux Jupiter d’avoir provoqué la mort d’Eurydice mais Mercure dénonce Pluton. Tous les Dieux demandent la résurrection d’Eurydice et Jupiter décide de se rendre aux Enfers  lui-même accompagné d’Orphée et de l’Opinion publique.

 


Dans les Enfers, Eurydice est gardée par Johny Styx, le roi défunt de Boétie qui lui fait des avances. Jupiter se transforme en mouche et délivre Eurydice au grand désespoir de Pluton.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pluton veut se venger de Jupiter. L’Opinion publique  réclame Eurydice au Roi des Dieux. Jupiter accepte mais il pose des conditions : Orphée ne doit pas regarder Eurydice et ne doit pas se retourner avant le Styx.

La fin est inattendue : Orphée réussit sans peine à remplir les conditions de Jupiter et celui-ci, vexé, foudroie le jeune homme. Surpris par l’impact de la foudre, Orphée se  retourne et perd Eurydice. Elle devient Bacchante, pour le plus grand plaisir d’un Jupiter triomphant.

 

 

 





Glossaire des Divinités Greco-romaines


Apollon : Dieu des arts, du Soleil et père d'Orphée dans certaines versions du mythe.

Bacchantes : Terme qui désigne les femmes rendant un culte à Bacchus.

Bacchus (Dionysos) : Dieu du vin et de la fête.

Caron (Charon) : Le passeur.

Cerbère : Chien à trois têtes, défenseur des Enfers.

Cérès (Déméter) : Déesse de la moisson.

Cupidon (Eros) : Dieu de l’Amour.

Cybèle (Rhéa) : Titan et mère des trois Dieux principaux : Jupiter, Neptune et Pluton, elle est l'épouse de Saturne.

Diane (Artémis) : Déesse de la chasse et de la Lune.

Eole : Dieu du vent.

Flore (Chloris): Nymphe des Iles Fortunées.

Furies (Erinyes) : Servantes d’Hadès. Elles personnifient la malédiction et poursuivent le criminel jusqu’à qu’ils soient punit.

Hercule (Héraclès) : Héros et Demi-dieu qui possède une force incroyable.

Iris : Messagère des Dieux et en particulier de Junon.

Junon (Héra) : Epouse de Jupiter, reine des Dieux et du ciel.

Jupiter (Zeus) : Roi des Dieux et Dieu du ciel.

Mars (Arès) : Dieu de la guerre.

Mercure (Hermès) : Dieu des voyageurs, des voleurs et messager des Dieux.

Morphée : Dieu du sommeil.

Minos : Roi de Crète. Il est lié à l’histoire du minotaure.

Minerve (Athéna) : Déesse de la sagesse et de la stratégie guerrière.

Neptune (Poséidon) : Dieu de la mer.

Pan : Dieu des satyres et créateur de la flûte de Pan.

Pandore : Première femme de l’Humanité.

Pomone : Nymphe des arbres fruitiers.

Pluton (Hadès) : Dieu des Enfers.

Proserpine (Perséphone) : Epouse de Pluton.

Styx : Fleuve sacré des Enfers.

Thalie : Nymphe de la comédie.

Vénus (Aphrodite) : Déesse de l’Amour.

Vulcain (Héphaïstos) : Dieux de la forgerie et des métaux.

 

Par Molilow - Publié dans : Opéra
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