Le mythe d’Orphée est souvent connu comme une histoire
passionnelle et tragique entre un jeune homme et une jeune femme nommés Orphée et Eurydice. Il est également connu grâce à la fameuse descente d’Orphée aux Enfers. Cette histoire nous vient de la
Grèce antique, transmise oralement par
les aèdes (poètes grecs). Racontée au coin du feu durant des centaines d’années, le mythe d’Orphée s’est vu transformé au fil du temps suivant les désirs et les divagations des conteurs.
L’oralité de ces mythes ne nous permet pas de fournir une trace écrite. De ce fait, nous ne possédons pas la toute première version d’Orphée. En revanche, au Ier siècle avant Jésus Christ,
Virgile et Ovide nous proposent deux interprétations différentes du mythe, respectivement dans Les Georgiques et dans Les Métamorphoses. On retrouvera également des allusions aux exploits
d’Orphée chez certains auteurs plus anciens comme Euripide relatant l’histoire d’Alceste et Admète :
« Si j’avais la voix et le chant d’Orphée,
Que je puisse enchanter Perséphone ou Hadès
Et t’arracher aux Enfers,
Je descendrais, et le chien de Pluton
Ni le passeur Charon incliné sur sa rame
Ne pourraient m’arrêter. Je te ramènerais vivante à la lumière. » [ Alceste vers 357-362 ].
Grâce à la culture orale, les auditeurs peuvent choisir la version du mythe qu’ils désirent et ainsi laisser libre cours à leur
imagination. Selon les interprétations, Orphée est représenté comme un Demi-Dieu, fils d’Apollon le Dieu des Arts, ou comme un berger virtuose de la Lyre et du chant. Dans tous les cas, il est
reconnu comme un jeune poète pouvant charmer à sa guise n’importe quel être humain ou divinité uniquement grâce à sa musique. A la fin du VIème siècle avant Jésus Christ, le mythe d’Orphée
possédait principalement un sens mystique. Orphée se rendait dans le royaume d’Hadès dans le but de comprendre les secrets de la vie et de la mort. A cette époque, l’épouse d’Orphée était anonyme
ou s’appelait Argiopé. Elle n’était qu’un prétexte pour justifier la descente aux Enfers de son mari. Cinq siècles plus tard, Virgile impose au public une descente aux Enfers plus
sentimentale.
C’est cette interprétation du mythe qui fut retenue par les modernes et que nous avons décidé de privilégier. Dans sa version, il
donne davantage d’importance à la jeune femme qu’il baptise Eurydice, une nymphe d’une très grande beauté qui séduit Orphée dès le premier abord. Celui-ci l’envoute à son tour grâce à
sa divine musique et ils célébrèrent leur union derechef. Malheureusement, peu de temps après, la jeune mariée, qui fuyait un berger trop avenant du nom d’Aristée, succombe à une morsure de
serpent. Orphée est frappé d’un terrible chagrin qui lui fait entreprendre le projet fou de descendre aux Enfers afin de récupérer sa bien-aimée. Une fois arrivé à destination, les mélodies
d’Orphée, plus puissantes que les chants des Sirènes, charment Cerbère, Perséphone et Hadès. Bercés par la musique, les maîtres des lieux acceptent de laisser Eurydice revenir sur
terre. Mais l’esprit infernal d’Hadès impose une condition à Orphée : Il a l’interdiction formelle de regarder sa femme avant que celle-ci ait atteint la lumière du jour. Mais la
passion domine la raison et le jeune époux, trop pressé de retrouver la femme qu’il aime, se retourne pour vérifier si Hadès a tenu parole. C’est alors qu’Eurydice disparaît et qu’Orphée la perd
pour l’éternité.
C’est à partir de ce moment là que les versions divergent. Cependant,
elles prennent toutes un tournant tragique. Certaines chutes connues restent toujours sous l’influence du conte oral car on ne leur connait pas d’auteur. « Pour
les uns, Zeus frappe Orphée de sa foudre pour le punir d’avoir révélé certains secrets de l’au-delà. Pour d’autres, Orphée, désespéré d’avoir perdu une seconde fois Eurydice, se donne la mort.
Mais la version dominante raconte qu’il est attaqué et dépecé par les Bacchantes. » (Les mythes Grecs, Ariane Eissen, Edition Belin, p. 103). Quant à Virgile, il privilégie
toujours l’importance des sentiments. Depuis la perte d’Eurydice, il ne vit plus que dans la souffrance et dans la mémoire de son épouse défunte. Cet état a pour conséquence le rejet des
autres femmes et leur colère. Blessées dans leur estime, elles décident de le couper en morceaux et de le jeter dans un fleuve qui se jette dans la mer. Après cet épisode, Virgile
raconte que la tête d’Orphée continuait à appeler Eurydice.
Une autre version encore raconte qu’après l’élévation d’un tombeau à son effigie sur l’île de Lesbos, la lyre d’Orphée devient une
constellation. Quant à son âme, elle continue de chanter aux Champs-Elysées pour les Bienheureux. La chute inventée par Ovide est beaucoup plus cauchemardesque que les précédentes. Après être
resté sept jours entiers sans manger ni boire, il clame à la ville de Thrace qu’il n’offrira plus son amour à aucune femme. Il meurt assassiné par les Furies et son âme est emportée par les
vents.
Malgré les différentes interprétations du mythe d’Orphée, il reste connu de tous. Il reste un modèle, au fil des siècles, dans divers
milieux artistiques. On le retrouve dans différents domaines comme l’Opéra et le Cinéma. De nos jours, l’extraordinaire épopée d’Orphée n’est pas prête de s’éteindre car elle reste une référence
de notre civilisation.